Commission 1: Choix des industries stratégiques
Modérateur : M. Mohamed LIASSINE
Rapporteurs :
  • M. Ahmed ZAÏD : Ministère de l'Industrie
  • Mme Yassina MEHDI: Ministère des Participations et de la Promotion des Investissements
Exposé préliminaire (Expert)
La méthodologie de choix des filières qui a été utilisée pour la préparation de l’avant projet de stratégie a été présentée. Elle consiste à analyser l’ensemble des activités en plusieurs étapes.
1ère Etape :
Celle-ci a consisté en une hiérarchisation de 55 branches de la comptabilité nationale sur la base d’un certain nombre de critères relevant de l’évaluation du potentiel existant, du développement de ces branches sur le marché international ainsi que de l’intensité énergétique. Ceci a conduit à retenir près des deux tiers de l’ensemble des branches économiques susceptibles de constituer des activités prioritaires.
2ème Etape :
Les branches retenues à l’issue de l’étape précédente ont fait l’objet d’un diagnostic plus précis portant à la fois sur la dynamique du marché interne et de leur marché externe. Ce diagnostic fait apparaître que des activités productives se situent aux extrémités de la chaîne de production soit en amont, soit en aval avec un secteur de biens intermédiaires faiblement développés.
3ème Etape :
Les activités ainsi retenues ont été inscrites dans une logique de politique industrielle visant, d’une part, la valorisation des ressources naturelles et d’autre part, la remontée des filières des activités situées à l’aval en vue d’une plus haute valeur ajoutée ainsi que la mise en place de nouvelles industries lorsqu’elles sont fortement structurantes. Cette méthodologie et les résultats de son application ont été soumis aux remarques de la commission.
I – Compréhension de la méthodologie
Critique des critères de sélection des filières
Les membres de la commission ont proposé en complément du thème retenu l’examen des aspects suivants :
  • Une opposition d’écoles s’est manifestée : pour certains il importe de préciser, dans le domaine du modèle d’accumulation proposé, si le primat est à accorder à la stratégie de l’Etat ou aux stratégies des firmes. Dans cette hypothèse l’Etat serait facilitateur, accompagnateur, constructeur d’attractivités mais les choix et priorités doivent être laissés aux firmes, publiques ou privées.
  • La méthodologie utilisée en terme de critères et de pondération est sensible aux hypothèses et à la qualité des données utilisées. Il est suggéré de mener, en complément, l’analyse de sensibilité des hypothèses. À cet égard, la pondération de l’intensité énergétique pourrait être plus renforcée afin de mieux tenir compte de l’avantage du prix du gaz.
  • Les projections industrielles des filières retenues n’apparaissent pas dans le document.
  • La finalité du choix de filières prioritaires n’apparaît pas avec évidence dans le processus de stratégie industrielle. Selon des intervenants le concept même de priorisation des filières reste discutable et pourrait même se révéler dangereux par la confusion qu’il serait susceptible d’entretenir sur les modes de fonctionnement d’une économie moderne et ouverte.
  • Il est recommandé que la stratégie ne se limite pas à indiquer les filières dont la priorisation aura des effets de relance de l’économie et qui sont nécessairement des filières existantes. La stratégie devra également identifier les filières dont la priorisation aura des effets d’industrialisation et peuvent être des filières nouvelles.
  • La priorisation peut freiner les filières non retenues.
Avantages Comparatifs
Ce thème a été traité sous deux aspects :
1er Aspect : Disponibilité et prix du gaz
Le vrai avantage comparatif se situe dans la disponibilité du gaz. L’avantage comparatif relatif au prix du gaz risque de créer des concentrations dans la partie amont de la filière, alors que la stratégie demande le développement de la filière dans son ensemble. Il est suggéré :
  • Que les contrats de cession de gaz puissent prévoir que des investissements de transformation soient suscités par le partenaire et que la vente des outputs aux industries locales d’aval se fasse à un prix se référant au coût effectif ;
  • À l’inverse, que les prix unitaires des produits exportés correspondent non pas au prix de revient mais au prix pratiqué sur le marché international ;
2ème aspect : Existence d’autres avantages comparatifs
  • L’importance des commandes de l’Etat ainsi que celle des concessions qu’il délivre constituent un avantage comparatif durable parce qu’elles donnent à l’Etat un pouvoir de négociation considérable. Ce pouvoir de négociation est fréquemment mis en œuvre, même par des pays membres de la CE, pour des opérations de contre achat ou d’offset au terme desquels les partenaires :
    • Font un appel croissant à de la sous-traitance locale et contribuent directement ou indirectement au développement de la capacité nationale de sous-traitance ;
    • Prennent en charge la promotion et la conduite d’activités et d’opérations pérennes de création de valeur ajoutée notamment industrielle.
    • Les pratiques de contre achat et d’offset sont largement développées et les grands partenaires industriels et de travaux disposent de la capacité de gérer leurs obligations contractuelles en la matière.
    • La prise en charge de cet avantage comparatif fait apparaître, parmi les branches et filières prioritaires, les industries de chaudronnerie et de mécanique lourde, la mécano soudure - tout ce qu’on appelle l’industrie de biens d’équipements.
  • Tenir compte de la disponibilité des ressources naturelles et de la situation géostratégique de l’Algérie (espaces, bas indice de pollution, climat, langue et culture d’ouverture sur le monde).
  • Les avantages à construire sont à identifier notamment dans le développement spécifique de la ressource humaine. Le bas niveau des salaires ne peut pas être considéré comme un avantage pérenne.
Densification des filières
Il a été constaté que les activités actuelles sont concentrées dans l’amont et dans l’aval des filières, alors que la fécondité technologique se trouve au centre de la filière. Il en est de même des facteurs de pérennité. Il est suggéré :
  • D’encourager les relations commerciales et de sous-traitance interindustrielle dans la filière ;
  • D’augmenter le contenu technologique des produits et des procédés de fabrication en supprimant l’obligation d’un accord préalable pour l’importation de services nus, et de façon générale sa prise en charge par l’Etat ;
  • D’adopter au cas par cas et en concertation des mécanismes de remontée des filières, en particulier pour certaines filières agro-alimentaires, sidérurgiques et textiles où l’absence de chaînon amont provoque des arrêts aléatoires des installations.
  • En raison des effets d’échelle, ces chaînons amont peuvent être en nombre limité et en opposition avec les principes de la loi sur la concurrence. Le Conseil de la concurrence devrait néanmoins ne pas s’opposer à de tels investissements mais en mettant en œuvre des dispositifs propres à faire respecter les règles de l’égalité de traitement.
Insertion dans la sous-traitance internationale
Une source d’accumulation dans le futur industriel peut être constituée par la sous-traitance internationale intégrant dans les chaînes de valeurs de firmes transnationales des segments participant à la fabrication d’un produit final (dans l’industrie automobile, aéronautique, informatique, etc.). Cette sous-traitance est particulièrement porteuse pour les PME.
II – Première réflexion sur les modalités de mise en œuvre
Les modalités de mise en œuvre reposeront essentiellement sur les politiques et les instruments, pertinents et adaptés à l’économie de marché, et sur les acteurs qui en sont chargés.
  • Dans cette perspective, il est proposé la mise en place d’un cadre de concertation spécifique pour la promotion de ces filières.
  • Il est impératif de définir la structure et l’acteur de pilotage de cette stratégie en s’appuyant sur l’existant actuel.
  • L’Etat doit inscrire le principe de flexibilité tout au long du processus de mise en œuvre à chaque étape afin de développer le tissu industriel national.
  • L’Etat doit affecter des ressources plus importantes en matière de recherche et de recherche appliquée. Il est, par ailleurs, souhaité que les moyens nationaux de recherche et d’expertise soient sollicités.
  • La production nationale est dangereusement exposée, d’une part à la concurrence déloyale de l’économie informelle et d’autre part insuffisamment protégée contre les importations destinées à la vente en l’état.
  • Le système de normalisation actuel protège les consommateurs vis-à-vis de la production nationale, ce qui n’est pas le cas pour les produits importés. Ce système de normalisation pénalise donc la production nationale par rapport à l’importation, ce qui est paradoxal d’autant plus que les contrôles de qualité prévus par la loi sont rarement effectués sur les produits importés.
  • L’Etat devra également intervenir en faveur du secteur privé pour lui permettre de contribuer à sa restructuration (constitution de groupes industriels, taille, typologie des sociétés commerciales appropriée) qui lui permettra de devenir un acteur efficace et efficient de la stratégie ainsi proposée.
  • Dès lors que les besoins algériens, au regard des investissements directs étrangers (IDE), portent sur la technologie et peu sur les capitaux, il est suggéré, pour donner vie au marché financier et pour limiter les flux de réexportation de capitaux à travers les dividendes :
    • De prévoir que la part des partenaires étrangers dans le capital soit limitée et que les avantages accordés par la convention soient en liaison avec les apports ;
    • Qu’ils soient invités à trouver des partenaires algériens ou de mobiliser l’épargne publique algérienne ;
    • Étant entendu qu’au regard de l’importance des besoins, une institution financière de l’Etat pourrait être chargée du rôle de partenaire passif - quitte à céder ultérieurement ses actions sur le marché financier ;
  • La politique de l’Etat doit permettre l’ouverture de pistes de restructuration visant, d’une part, la constitution d’entreprises d’ampleur (ou de taille) suffisante pour participer à la stratégie proposée et d’autre part permettant l’assainissement complet de leur bilan. Dans ce cadre, un dispositif de soutien aux entreprises publiques et privées déstructurées des filières prioritaires devraient être retenues.
  • En principe rien n’interdit l’intervention des entreprises publiques comme investisseurs dans la mise en œuvre de la stratégie, mais il est souhaitable que cela se fasse en alliance et en partenariat avec des champions internationaux et le capital privé.
  • Il faut mettre en œuvre un immense programme de restructuration des plates-formes industrielles publiques soit avant l’ouverture du capital, soit en alliance avec des partenaires nationaux et étrangers.
  • Il est également nécessaire que l’Etat affiche clairement sa volonté de se constituer ou non en investisseur.
  • La politique mise en œuvre par le Trésor public depuis 2002 de ne plus intervenir auprès des entreprises publiques sauf dans le cas d’un accord de privatisation a conduit à l’impossibilité du rétablissement de la santé des entreprises. Il est indispensable de mettre fin à cette politique et de doter les entreprises de fonds de roulement appropriés - ce qui ne saurait être considéré comme une entrave à la privatisation.
  • Nécessité de poursuivre la mise en cohérence du système de tarification douanier pour supprimer les anomalies relatives, notamment, aux inputs industriels.
  • Parmi les mécanismes de mise en œuvre, l’Etat doit traiter la question du financement de cette stratégie ambitieuse.
  • Il est proposé que des dispositifs dynamiques soient mis en place pour accompagner efficacement les exportateurs et surtout ceux qui vont à la mondialisation en s’installant sur le marché international.
III – Cadre de concertation spécifique pour la promotion
Concertation dans les branches prioritaires
La mise en œuvre de la stratégie industrielle implique que les différentes actions nécessaires, ciblant particulièrement ces filières, puissent faire l’objet de concertation et être prises en charge par des entités non administratives directement concernées par leur conduite efficace.
Les associations professionnelles de branches ou de filières peuvent constituer l’instrument approprié pour les deux volets ci-dessus, ces associations ne devant en aucun cas se substituer aux chambres de commerce.
De telles associations peuvent se voir confier, selon des modalités à déterminer, par leurs membres et les instances de l’Etat, des tâches qui dépassent l’horizon, les compétences ou les moyens d’une entreprise particulière, ou des missions et activités qui gagnent en efficacité lorsqu’elles sont menées au niveau d’une branche ou d’une filière. Il en est ainsi par exemple pour :
  • La collecte d’informations, notamment statistiques, sur les activités de la branche ;
  • La diffusion et la circulation de l’information à l’intérieur de la branche et entre la branche et l’Etat ;
  • La veille technologique et commerciale, notamment sur les marchés extérieurs ;
  • L’accumulation technologique qui peut comporter la gestion de centres techniques spécifiques ;
  • La formation professionnelle aux métiers spécifiques soit en s’associant au contenu et à la programmation des formations spécifiques, soit par la gestion directe d’un ou plusieurs centres de formation spécialisés ;
Il serait donc normal que l’Etat prenne en charge une partie du financement de ces associations.
Les organisations consulaires et les associations professionnelles de branche, entrant dans le schéma ci-dessus, devront être pleinement gérées par les représentants de leurs membres. L’octroi de financements publics se ferait sous forme contractuelle en liaison avec une reconnaissance d’utilité publique.
Concertation pour le suivi de la mise en œuvre de la stratégie
Les participants proposent que les assises de l’industrie se tiennent tous les deux ou trois ans dans le cadre de la concertation.
IV – Proposition d’autres filières
Certains ont suggéré d’ajouter dans la gamme des filières prioritaires le redéploiement des industries à fort potentiel de marché, de création d’emplois et de valeur ajoutée. Il s’agit notamment des filières suivantes :
  • Le textile et le cuir ;
  • La branche de la charpente, chaudronnerie lourde et des industries des biens d’équipement ;
  • Les industries liées à l’eau et aux énergies ;
  • Les industries de construction navale.
WebServices Technologies